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Cadavre Exquis des entrepreneurs

« L'idée inadmissible procrastine la solitude réussie »

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Quatrième chapitre


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"Soyons direct Monsieur Sequelles. Vous connaissez mon projet, vous en connaissez le potentiel. Si je souhaitais vous rencontrer c'était pour vous présenter les 2 possibilités qui s'offrent à nous et avoir votre avis. Soit vous soutenez mon projet sans interférer et à mes conditions, soit nous serons en concurrence directe très rapidement. Et je ne pense pas que cela soit dans votre intérêt..."

Il me regarde interloqué. Je lui réponds par un sourire plein de confiance. Sourire complètement faux, cela va de soi. Intérieurement j'ai envie de crier que ce n'est pas vrai, et que je ne sais pas ce qui m'a pris... Mais je sens que ça peut marcher.

"Et qu'aurais-je à craindre de vous ? Vous êtes seul, aucune levée de fonds n'a été signée pour le moment... Je ne doute pas du succès de votre projet, mais je connais le secteur moi aussi ! Je n'ai pas peur de votre concurrence mon garçon! Bien au contraire !"
Rien à dire, c'est un pro. A aucun moment il ne m'a dévalorisé, et il se montre presque enthousiaste à l'idée de m'avoir comme concurrent. C'est pour cela qu'il doit devenir mon partenaire !

"Si vous ne nous soutenez pas, nous savons vous et moi que dans 5 ans maximum nous rachetons votre empire."

A peine ai-je terminé que mon futur-potentiel-partenaire s'étouffe. Il en crache son vin sur la table, renverse la corbeille de pain et fait tomber ses couverts. La serveuse arrive en trombe pour le sauver. Sans se donner la peine de lui prêter la quelconque attention, il me dévisage.

Il éclate de rire. "La fougue de la jeunesse ! J'étais pareil à votre âge. Et croyez-moi cela ne m'a toujours pas réussi !".
Je ne lui réponds que par un haussement de sourcil et je lui souris de toutes mes dents.
"Mais amusez-moi donc, jeune homme. Dites-moi comment vous voyez les choses". Il se remet à manger. Rien n'a changé dans son attitude, il reste flegmatique.
Il ne me reste plus qu'à l'achever.
"Vous connaissez les perspectives de mon projet, et vous savez que je vais adresser les mêmes clients que vous. Je pense que très clairement votre offre s'inscrit pleinement en synergie avec la mienne. Si nous ne le faisons pas ensemble chacun de nous devra compléter son offre pour y ajouter celle de l'autre. Vous et moi savons qu'il vous faudra plus de temps pour vous mettre à notre niveau que nous au votre. Dans ce contexte, il me semble plus opportun que votre marque soutienne notre entreprise. Vous devenez notre seul Business Angel, et nous pouvons ainsi pousser nos offres communément."
3 mois que je travaille sur cette approche. Je l'ai testée sur tous mes amis et proches. Tous m'ont assuré que j'allais faire un carton. Il réfléchit à mon offre. J'ai rêvé de ce moment toute la semaine. Normalement on finit en se serrant la main.

Il sourit.

"Vous faites des phrases trop compliquées mon cher. Sachez-le, le business c'est quelque chose de simple. Quand on complexifie trop les approches, on perd les gens. Si j'ai conquis le marché que nous avons aujourd'hui, c'est en restant simple et proche de mes clients. Pour reprendre votre langage: Laissez l'onanisme aux énarques."

5 minutes avec lui, il me donne déjà deux leçons de vie. Vraiment, je dois réussir à le convaincre. Mais je ne sais que dire.

"Laissez-moi vous aider: dites-moi en une phrase simple ce que vous voulez"
"Dans la perspective des évolutions ..."
"Mais vous ne m'écoutez pas ! Une phrase. Pas une explication de texte. Dites-moi en un phrase SIMPLE ce que vous attendez de moi."
"Nos offres sont complémentaires, l'association de nos noms serait bénéfique pour tout le monde, nos clients en premier. Nous devrions donc travailler ensemble."
"Ben voilà ! C'était pas si compliqué ! Et bien écoutez c'est d'accord, je vous engage !"
"Pa ... Pardon ?"
"Vous voulez que nous travaillons ensemble non ? Alors je vous offre un travail."
"Mais ... Mais ... Ce n'est pas tout a fait cela que j'avais en tête."
"Pourquoi ne pas avoir dit ce que vous aviez en tête alors ?"
C'est un coriace le bougre ! Allons-y, je ne peux pas partir d'ici sans une perspective de collaboration !
"Je pense que nos offres sont complémentaires. Les faire évoluer ensemble serait bénéfique, mais nous aurions tout à gagner à conserver chacun notre autonomie."
"Pas compris."
"Nous ne faisons pas la même chose !"
"OK. Je vous laisse une dernière chance. Si je ne suis pas convaincu, je vous laisse ici. Et avec la note à payer !"

Bizarrement, rien ne se passe comme je l'avais prévu. Pourtant j'avais travaillé avec mon entourage ! A croire que j'aurais dû travailler la chose avec des gens moins "proches" de moi...

"Vous l'avez dit, des Business Angels sont prêts à investir dans mon entreprise. Mais de l'argent pour de l'argent ne mènera pas très loin. Je souhaiterais que vous investissiez dans mon projet. De l'argent, des ressources et des compétences. Vous pourriez ainsi bénéficier de ce que nous faisons, nous irons plus vite grâce à l'expertise de votre entreprise, votre marque apposée sur la nôtre sera gage de confiance pour nos clients, et cela sera un gain en image pour vous, sans parler du retour sur...."
"C'est bon, c'est bon... pas la peine de me faire la liste. Je vois assez bien où vous voulez en venir. Donc vous voulez que mon entreprise vous finance."
"Pas que. Au delà de l'argent, c'est surtout l'expertise technique de votre entreprise qui nous serait le plus bénéfique. Mais au delà, je pense que j'aurais beaucoup à apprendre de vous."
J'ai accompagné le "vous" d'un geste en sa direction.
"De moi ?"

J'apprendrai des années plus tard que, contrairement à ce que je pensais, ce n'est pas la flatterie qui l'avait convaincu. Mais il avait apprécié mon outre-cuidance et mon réalisme: l'argent ne fait pas tout, il faut avoir de l'expertise et des gens autour de soi. Et heureusement qu'il fut autour de moi.

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Bruno Soulez

le 26 juillet 2010

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